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Attac infiltrée: pas de quoi fouetter un chat




commentaires.com - Philippe Barraud

jeudi 26 juin 2008


A en croire les médias unanimes et les Recordon de service, l’infiltration par Securitas d’une «taupe» dans le mouvement Attac est un absolu scandale. Allons donc! C’est une pratique courante, utile et souvent légitime.

Le mouvement altermondialiste, qui lutte contre la mondialisation en particulier et contre l’économie de marché en général, cible principalement ses attaques sur de grandes entreprises multinationales. Nestlé est un objectif de choix pour l’organisation, qui ne cesse de l’attaquer par divers moyens.

En 2003, Nestlé aurait donc mandaté Securitas pour savoir ce que les militants vaudois d’Attac mijotaient dans le cadre de la réunion du G8, notamment à proximité de ses bâtiments de Vevey. Securitas a demandé à une collaboratrice d’infiltrer l’organisation et d’obtenir des renseignements, ce qui fut fait – plutôt bien d’ailleurs.

Aujourd’hui, après la révélation de l’affaire par la TSR, Attac monte sur ses grands chevaux et se dit révoltée par une pratique «qui bafoue les principes de liberté d’expression et les droits démocratiques de base.» Elle reproche en outre à la Police vaudoise, qui était au courant, de ne pas l’avoir avertie, reproches que, hélas, la Conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro a imprudemment fait siens.

L’indignation vertueuse de la presse, des politiciens de gauche et d’Attac nous fait doucement rigoler: elle est trop bruyante pour être crédible. Certes, on a bien compris que dans notre microcosme médiatique, il faut des bons et des méchants, Nestlé fait un méchant idéal, tandis que les gentils altermondialistes apparaissent parés de toutes les vertus franciscaines. Mais enfin, en l’occurrence, Securitas n’a fait qu’appliquer les bonnes vieilles méthodes de l’extrême-gauche, des services de renseignement, de la Police fédérale et parfois des journalistes («Tête de Turc», vous vous souvenez ?): l’infiltration, qui consiste à introduire un agent dans une organisation pour obtenir des informations, voire y à influencer les décisions. On appelle aussi cela l’entrisme, moyen d’action puissant théorisé par Trotski.

Or, on se doute bien que toutes sortes d’organisations, par exemple comme Attac ou Greenpeace, pratiquent l’infiltration à haute dose; qu’ils disposent, à l’intérieur des entreprises et des organisations qu’ils combattent, de «taupes» et d’informateurs plus ou moins bénévoles, qui leur refilent des dossiers, ou organisent les fuites habituelles vers les journaux du dimanche. Osons le dire: c’est de bonne guerre, et on ne voit pas que la liberté d’expression et les droits démocratiques soient bafoués.

Ces organisations ne se gênent pas de pratiquer l’infiltration et l’entrisme, et se sentent légitimées à le faire parce qu’elles poursuivent un but idéal. De quel droit viennent-elles alors se plaindre que leurs «victimes» utilisent les mêmes moyens pour se défendre ou se protéger? Leur pureté révolutionnaire leur conférerait-elle des droits extraordinaires?

Une multinationale qui se trouve constamment sous le feu des critiques a l’obligation de prendre toute mesure utile pour défendre les intérêts de ses actionnaires et la sécurité de ses collaborateurs. Elle serait coupable de ne pas le faire, et de ne pas user des moyens adéquats. De son côté, Securitas a exécuté un mandat, manifestement de manière très efficace, et sans tomber dans l’illégalité. Il n’y a rien à redire.

Enfin, on ne voit pas pourquoi la Police vaudoise aurait dû violer son secret de fonction, en avertissant une organisation privée qu’une société privée la surveillait! Dans la mesure où Securitas n’a commis aucune infraction pénale, pourquoi la police aurait-elle dû s’immiscer dans cette affaire, et donner des informations privilégiées à Attac? Et même si Securitas avait franchi la ligne rouge, la police aurait dû alors saisir un juge, mais certainement pas informer Attac. C’est cela qui aurait été intolérable. Dès lors, les reproches méprisants et les menaces adressés à la police par Mme de Quattro sont très malvenus et devraient être retirés.



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