Soutenez commentaires.com!
Commentaires.com Commentaires.com en page de démarrage   samedi 22 novembre 2008
e-magazine contre
le néo-conformisme


Home

Suisse

Etranger

Economie

Société

L'invité

Les meilleurs articles

Grands mots

Griffures

Newsletter

Vos commentaires

L'Atout


SolCreations



Votre commentaire
Les commentaires doivent être signés. Les textes anonymes ou signés de pseudonymes ne sont pas pris en considération. Merci

Titre:
 
Commentaire: 
 
Auteur:    Adresse e-mail: 
 
Afin d'éviter le spam dans les commentaires, veuillez résoudre l'addition ci-dessous :
 

L'invité
Les espoirs et les limites de la voiture propre




commentaires.com - Philippe Roch

jeudi 9 mars 2006


L'avis de l'expert. Philippe Roch, Consultant, ancien secrétaire d'Etat à l'environnement. A l'heure où les marques automobiles présentent leurs modèles propres au Salon de l'auto, il faut se féliciter de cette évolution, sans perdre de vue cependant que les plus propres des voitures polluent tout de même, et que la production de biocarburant peut mettre les forêts en péril.

Les particules de suie cancérigènes, l'ozone agressif envers nos poumons, les perspectives d'épuisement des réserves de pétrole et les changements climatiques ont enfin poussé les constructeurs de voitures à développer des moteurs moins gourmands en énergie et plus propres.

L'évolution technologique permet aujourd'hui d'envisager l'utilisation de carburants biologiques, qui émettent moins de CO2, cause principale des changements climatiques. L'engouement pour ces nouvelles technologies est très positif. Il ne doit toutefois pas faire oublier les limites du système.

En premier lieu, quelle que soit la technologie appliquée, il y aura toujours des pollutions résiduelles. Par exemple, l'introduction du catalyseur, qui a réduit de 90% les émissions d'oxyde d'azote par les voitures, n'est pas parvenue à empêcher des dépassements très importants et fréquents du taux d'ozone troposphérique qui attaque nos bronches et nos poumons. De son côté la production de biocarburants consomme presque toujours de l'énergie non renouvelable pour la production du carburant et son transport. Alco suisse (www.etha-plus.ch) estime par exemple qu'il faut 1,36 litre de pétrole brut pour produire 1 litre d'essence, et tout de même encore 0,33 litre pour produire 1 litre d'éthanol à partir des plantes.

Par ailleurs n'oublions pas que le trafic motorisé, même plus propre, ne peut pas croître indéfiniment car il génère bruit et pollution de l'air, occupe beaucoup d'espace, dégrade les paysages et fait courir de graves dangers sur les routes.

La production de carburants à partir de matière organique renouvelable fait naître de grands espoirs d'une source renouvelable d'énergie pour nos moteurs. Il s'agit en effet d'énergie solaire stockée dans la matière vivante et transformée en carburant, sous forme de gaz (biogaz) ou de liquide (éthanol, biodiesel). En Suisse, on produit du biodiesel à partir de colza et du biogaz à partir de déchets. Et on envisage de produire de l'éthanol à partir de pommes de terre, de céréales, de betteraves et de petit-lait. Le but d'alco suisse est de couvrir en 2010 5% des besoins de la Suisse (5% d'éthanol, soit 240? 000 tonnes/an, mélangés à 95% d'essence) grâce à deux usines et à des importations massives d'éthanol.

L'avantage de l'éthanol et du biodiesel est qu'ils peuvent être ajoutés à l'essence et au diesel conventionnels, et utiliser ainsi le même réseau de distribution. La proportion peut être progressivement augmentée, moyennant des adaptations des moteurs au-delà de 5% d'éthanol et de 10% de biodiesel.

Il en va de même pour le biogaz, produit par la fermentation de déchets organiques, qui peut être introduit dans le réseau de gaz dit naturel.

Le Brésil est devenu le champion dans le domaine du bioéthanol, puisqu'actuellement 40% de l'essence y est constituée d'éthanol. Aux Etats-Unis, 10% de l'essence vendue contient 10% d'éthanol. La France vise une production de 1,4 milliard de litres par an en 2010. L'Espagne et l'Allemagne se sont également lancées dans la production de biocarburants (bioéthanol et biodiesel). Certains pays dont la Suisse ont introduit une défiscalisation des biocarburants. La Suède a choisi pour sa part la voie de l'éthanol (blé et bois) en soutenant même les mélanges à 85% d'éthanol (E 85), notamment en subventionnant l'achat des véhicules adaptés à ces taux élevés. La plus grande partie de l'éthanol utilisé en Suède est importé du Brésil. L'Union européenne fait le pari des biocarburants qui devraient couvrir le 5,75% de ses besoins en carburant d'ici 2010.

La Suisse prévoit de produire son éthanol sur la base de productions agricoles excédentaires ou de résidus de production, sans remettre en question les règles de production agricole écologique. Ce projet ne permettra toutefois de ne couvrir net (consommation d'énergie non renouvelable déduite) que 1% des besoins du pays.

Une étude a montré que pour couvrir un quart des besoins en pétrole de la France par de l'éthanol et du biodiesel, il faudrait utiliser la totalité de la surface agricole du pays.

Sur le plan mondial, une couverture même de quelques pour cent des besoins supposerait d'immenses surfaces de culture qui seraient forcément prises sur des surfaces forestières ou d'autres surfaces agricoles. Ainsi elle entre en concurrence avec les forêts tropicales, et les cultures vivrières.

Une vaste étude internationale sur les écosystèmes (forêts, zones humides, sols, mers) et les services qu'ils rendent à l'économie et à l'humanité, le «Millenium Ecosystem Assessment», démontre que 60% des écosystèmes sont déjà surexploités.

Les forêts tropicales perdent 1% de leur surface chaque année. Rien qu'en 2005 la forêt amazonienne du Brésil a perdu une surface équivalente à celle de la Suisse pour faire place à des cultures, essentiellement du soja. Or ces forêts sont non seulement les terres de populations indigènes, mais elles recèlent aussi une grande partie de la biodiversité de la planète, jouent un rôle essentiel dans le cycle de l'eau et contribuent à réguler le climat. A Bornéo, la plus grande partie des forêts a été détruite pour des plantations de palmiers à huile. Peut-on imaginer poursuivre ce massacre pour produire du biodiesel pour nos camions?

Des centaines de millions d'êtres humains sont sous-alimentés. Les paysans les plus pauvres sont rejetés sur les terres les moins productives qu'ils contribuent à désertifier, parce qu'ils entrent en concurrence avec des productions agricoles destinées au marché mondial. Est-il concevable de consacrer des millions d'hectares à la production de biocarburants, alors que des millions d'humains meurent de faim?

Plus d'un milliard d'êtres humains n'ont pas d'accès à de l'eau saine. Or l'agriculture consomme 70% de l'eau douce utilisée. Allons-nous priver les plus pauvres de l'eau dont ils ont vitalement besoin pour produire de la canne à sucre destinée à nos réservoirs d'automobiles?

Il est clair que la production de carburants biologiques ne pourra couvrir qu'une petite partie de nos besoins. A court terme 5%, à moyen terme 10%. Au prix d'une compétition pour les terres cultivables et au détriment des forêts.

La production de biocarburants devra être basée essentiellement sur l'utilisation de déchets agricoles, forestiers et urbains, devra provenir d'une culture intégrée, tenir compte des besoins en eau et respecter les écosystèmes. Mais de toute façon, le succès de ces nouveaux carburants ne peut être favorable à l'environnement et au développement durable que s'ils sont accompagnés d'autres mesures de réduction de la consommation de carburants.

Une conduite douce (eco drive) permet par exemple d'économiser 10% de carburant sans aucun inconvénient, tout en réduisant la pollution de l'air, le bruit et les risques d'accidents.

L'utilisation des transports publics, ou encore mieux la marche et la bicyclette, permettraient sans difficulté de réduire encore davantage notre dépendance du pétrole, tout en améliorant notre santé.

L'aménagement du territoire devrait bien davantage tenir compte des besoins en transports qu'il génère.

Pour consommer moins, l'automobiliste peut aussi choisir une voiture classique légère, équipée d'un moteur économe (voir par exemple les listes publiées sous www.ate.ch/EcoMobiListe).

Le massacre des forêts et l'utilisation des terres indispensables aux humains pour produire des biocarburants se poursuivront si nous n'introduisons pas des règles qui permettent de distinguer les modes de production dans les accords sur le commerce international. Aujourd'hui les accords de l'OMC ne permettent pas de distinguer l'éthanol produit dans des conditions écologiques d'un éthanol produit par culture industrielle, ou sur des surfaces forestières défrichées, ou même à partir de pétrole. Il faut fondamentalement changer la philosophie de l'OMC, et introduire des clauses qui permettent de distinguer les produits en fonction des modes de production, et qui permettent d'interdire l'importation de produits issus de productions non écologiques, ou non durables.

La santé et la survie des enfants ne vaut-elle pas quelques restrictions au commerce?

© 2006 Le Temps SA. Tous droits réservés.



envoyer article
Envoyer cet article à une connaissance

reaction_ajouter
Ajouter votre commentaire


Vos commentaires Newsletter Griffures Grands mots
Editeur Publicité Contact Soutien RSS Haut de page
WnG Solutions © 2004