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Etranger
Les éditorialistes et la marche arrière




commentaires.com - Pascal Décaillet*

mardi 15 avril 2008


«Un grand pas en arrière» : c’est pas cette formule que l’éditorialiste du service public de Suisse romande, ce matin, vient de qualifier la très nette victoire de Silvio Berlusconi en Italie. Victoire reconnue par tous, à commencer par l’ancien maire de Rome, Walter Veltroni : «Le résultat est clair. La droite gouvernera ce pays». Veltroni, homme de valeur, mais qui portait le très lourd héritage des 20 mois de Romano Prodi aux affaires.

Bref, l’Italie, à l’issue d’une campagne parfaitement démocratique, a, pour la troisième fois de son Histoire, donné une majorité à Silvio Berlusconi. Et immédiatement, le service public de Suisse romande qualifie cette décision du peuple de «grand pas en arrière». Au nom de quoi ? De quels éléments précieux, secrets, du dossier l’éditorialiste disposerait-il, qui auraient échappé au peuple italien ? Le peuple italien serait-il stupide ? Ignorant ? Mal informé ? N’aurait-il, comme le peuple français du printemps 2005 (au moment du référendum européen), rien compris aux enjeux du vote ?

Aux yeux de l’éditorialiste du service public romand, soyons clairs: si l’Italie vote à gauche, pour Veltroni, c’est, comme dans les très riches heures de la Chine populaire, un grand bond en avant. Si elle vote à droite, pour Berlusconi, c’est évidemment un grand pas en arrière. La vie est simple, au fond, binaire comme un feu de gare: à gauche, c’est bien ; à droite, c’est nul. Pour le Traité européen de 2005, c’est bien ; les 55% de contre, c’est nul. Jospin, c’est bien ; Chirac c’est nul. Ségolène, c’est bien; Sarkozy c’est nul.

Peut-être pourrait-on aller jusqu’à imaginer d’éduquer le peuple italien ? Il faudrait, comme avant le permis de conduire, prendre des cours. Où on lui apprendrait à bien voter. À voter juste. À voter à gauche. Ne pas confondre l’obligation de la marche avant avec la stupide régression de la marche arrière. Ne pas confondre «Avanti, popolo !» avec «Vade retro, Satanas !»
* Lausanne FM



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